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... C U I S I N E Z !

DUBAÏ, comme un conte des mille et une nuits

Il était une fois un Prince qui rêvait de transformer son petit village de pêcheurs sur les rives du Golfe Persique en un grand royaume riche et incontournable. Certains pensèrent que son projet était inconcevable, d’autres le prirent pour un fou, mais le Prince croyait au pouvoir des pétrodollars et du développement effréné. Trente années plus tard, son rêve était devenu réalité. Ce prince était un émir, Sheikh Rashid Al Maktoum, et son royaume était Dubaï. A sa mort en 1990, son fils, Sheikh Mohammed, reprit le flambeau et ne cessa de perpétuer les projets de grandeur de son père. 

Aujourd’hui, la ville s’est métamorphosée, elle est gérée comme une entreprise multinationale qui est devenue en quelques années une destination à la mode et un carrefour entre l’Europe et l’Asie au même titre que Singapour. Face à la hantise d’un épuisement des réserves de pétrole, l’émirat a misé sur de nouveaux secteurs pour créer de la richesse. Alors que le pétrole s’exporte vers des destinations lointaines, les personnes et les idées convergent vers Dubaï et contribuent à une transformation rapide de sa société et de son environnement. Le tourisme de luxe est devenu le secteur prioritaire. Mais Dubaï est aussi un centre financier florissant et un port de commerce prospère.


La ville des superlatifs.

Dans un trafic chaotique, nous empruntons la grande artère “Sheikh Zayed Road” qui relie le centre-ville aux quartiers d’affaires puis se dirige vers les zones balnéaires à l’ouest de Dubaï. Des gratte-ciel plus hauts les uns que les autres s’alignent le long de l’autoroute à huit voies. Derrière ces tours imposantes, de vastes chantiers n’en finissent plus de s’étendre sur le désert. On est en droit de se demander si cette ville sera une fois vraiment “terminée” tant les nouveaux projets, toujours plus démesurés, foisonnent jours après jours.


Photo de Dubaï - Sheikh Zayed Road

Osez l’impossible est une coutume à Dubaï. Innovations architecturales et défis technologiques sont le fil rouge du développement de cette ville. C’est probablement ici que naissent les projets les plus fous de la planète. Iles artificielles en forme de palmiers géants (The Palm) ou de mappemonde (The World) abritant des appartements, villas, hôtels et boutiques de luxe. Front de mer gigantesque (Dubaï Waterfront) avançant sur les eaux du Golfe dont la surface est plus grande que l'île de Manhattan. Parc d’attractions (Dubailand) si grandiose qu’il fait passer Disneyland pour un jardin d’enfants. Immense complexe sportif (Dubaï Sports City) abritant plusieurs stades et terrains pour tous les sports inimaginables. Hôtel sous-marin (Hydropolis) entièrement assemblé en Allemagne et immergé au large de Dubaï. Et encore bien d’autres bâtiments qui sont une ode à la créativité architecturale.


Photo de Dubaï - Emirates Towers       Photo de Dubaï - Tours en construction

Photo de Dubaï - Madinat et Burj Al Arab

Une des folies de cet émirat a été la construction de l’hôtel Burj Al Arab. Ce bâtiment en forme de voile s’érige sur une île artificielle à quelques centaines de mètres de la côte, rattachée à la terre par une étroite digue. Haut de ses 321 mètres, il est devenu l’emblême qui manquait à Dubaï, cet hôtel 7 étoiles est presque aussi connu que la Tour Eiffel ou que la Statue de la Liberté.

Pour couronner cette stupéfiante liste et s’assurer encore un peu plus de notoriété, la construction du plus haut gratte-ciel de la planète (Burj Dubaï) s'est achevé en 2009. Sa hauteur est de 828 mètres!


Photo de Dubaï - Hôtel Burj Al Arab       Photo de Dubaï - Tour Burj Dubai en construction

Paradis du shopping pour gens fortunés.

Une incroyable débauche de luxe est la toute première impression que l'on a de Dubaï: hôtels 5 étoiles ultra-chics, marinas où les yachts rivalisent de tailles et de chromes rutilants, boutiques de marques les plus prestigieuses, parcours de golf verdoyants aux portes du désert. Au pays d’Aladin, même les gros 4x4 japonais et les luxueuses berlines allemandes ont remplacé les tapis volants! Il y a probablement ici la plus forte concentration mondiale de millionnaires au mètre carré.

Et ce n’est pas le souk de l’or qui nous enlèvera cette impression. De l’or et rien que de l’or à perte de vue. De l'or 18 ou 24 carats par dizaines de kilos! Bordant une rue piétonne, des vitrines étincelantes affichent de l'or sous toutes les formes possibles et inimaginables: chaînes, larges bracelets, bagues, boucles d’oreilles, pendentifs, colliers richement ouvragés... L’or se vend au poids et même si les prix sont négociables et plus avantageux qu’en Europe, cela reste des tarifs extravagants pour la plupart des bijoux proposés.


Photo de Dubaï - Souk de l'or

Dubaï offre de multiples tentations. C'est le paradis des centres commerciaux duty-free. Chaque année, il s’en ouvre un nouveau encore plus immense, encore plus éblouissant que le précédent. Dubaï cible clairement le grand luxe. Boutiques somptueuses, grandes marques françaises ou italiennes de prêt-à-porter, de maroquinerie ou de chaussures, horlogerie suisse, parfums renommés, épiceries fines. Les prix affichés découragent les “fauchés” de faire du shopping, mais ici, pas de contrefaçon!

Le “Dubaï Mall” est actuellement le plus grand centre commercial de la ville et probablement de la planète. On y trouve tout. Mais comme si cela ne suffisait pas pour occuper les émiratis et autres expatriés, la plus grande station de ski indoor au monde à été créée à même le centre. Elle comprend un télésiège et un téléski, plusieurs pistes dont une de 400 m, pour une surface enneigée qui s’étend sur une superficie équivalente à trois terrains de foot. Décidément, l’argent du pétrole permet tous les caprices, même de créer quotidiennement 30 tonnes de neige artificielle en plein désert!


Photo de Dubaï - Dubai Mall, station de ski

La ville a aussi son festival du shopping qui se tient généralement en début d’année et dure un mois. A lui seul, il attire plusieurs millions de visiteurs. Durant cette période, les marchandises sont bradées et les rabais peuvent aller jusqu'à 50%.

Dubaï a tout compris! Elle a su mettre en place un modèle économique qui fonctionne parfaitement: attirer une clientèle richissime avec des projets démentiels, la transporter avec sa propre compagnie aérienne (Emirates), la loger dans de somptueux hôtels, et bien sûr, lui faire dépenser son argent dans les multiples centres commerciaux débordant de marques prestigieuses!


Photo de Dubaï - Shopping

A la recherche d’un peu d’authenticité.

Amarrés au quai de la crique qui sépare la ville en deux, les “abras” (bateau-taxi) s’entrechoquent légèrement. Tôt le matin, Saïd et ses collègues savourent un moment de calme avant l’arrivée des clients qui voudront rejoindre l’autre rive. Ils ne se soucient pas des grues qui ponctuent l’horizon ni des reflets du soleil levant sur les immenses tours de verre et d’acier. Il en ont l’habitude, depuis ces 15 dernières années, les chantiers de construction n’ont cessé de se multiplier aux quatre coins de la ville, symboles du développement effréné de l’émirat. Dans l'effervescence de la ville, la crique est presque un havre de paix. Elle est sillonnée par des dizaines d’embarcations, vieux boutres en bois et luxueux yachts se côtoient. Contraste saisissant entre ce passé aux modestes traditions et ce présent à l’opulence galopante.


Photo de Dubaï - Boutre et yacht

A Dubaï, les touristes adeptes de culture et de traditions peuvent aller voir ailleurs! Il est vain de chercher quoi que ce soit de véritablement “ancien” et “typique”. La ville est ancrée dans le présent et tournée vers le futur, elle n’a conservé que peu de traces de son passé. Il reste bien quelques vestiges comme dans le quartier de Bastakia. Les maisons y sont agrémentées de tours à vent destinées avant l'ère de l'électricité à assurer une climatisation. Dans les ruelles étroites, de vieilles portes en bois sculpté subsistent sur certaines demeures. Pour se plonger dans une ambiance un peu plus traditionnelle, il faut se promener le long du port des boutres où les marins iraniens, indiens, ou pakistanais chargent et déchargent leur cargaison avant de repartir vers tous les ports de la région, ou prendre un abra et faire ses courses au souk des épices où les sensations olfactives sont de la fête. Et pourquoi pas, visiter le musée du Patrimoine pour découvrir à quoi ressemblait autrefois Dubaï.


Photo de Dubaï - Vieille porte en bois       Photo de Dubaï - Souk des épices  

Aujourd’hui, on ne sait plus de quelle identité on pourrait parler puisque les arabes sont en minorité. Les étrangers forment plus de 80% de la population. On y trouve surtout des Indiens, des Pakistanais et des Asiatiques, ainsi que des milliers de touristes! Finalement, on ressent plutôt les influences du sous-continent indien et de l’Asie que les traditions ancestrales du moyen-orient.

Au détour d’un terrain vague, quelques dromadaires nous rappellent que le désert n’est pas loin. Vous pensez peut-être que c’est un bon moyen de découvrir les traditions de l'Arabie et de s’y recueillir loin des turbulences de la ville? Que nenni! Oubliez la caravane de dromadaires, ce sont de gros 4x4 qui vous emmèneront gravir les dunes pour atteindre un campement de luxe à la mode “bédouin-friqué”. Même le désert proche est aseptisé!

Sans vouloir faire l’éloge des pays voisins repliés sur eux-mêmes et refusant systématiquement le modernisme occidental, force est de constater que Dubaï a perdu son âme pour la vendre au dieu dollar.


L’enfer du décors

Dans ce paradis du shopping où le tape-à-l’oeil est de mise, se cache une autre ville, une autre réalité, où émergent de graves problèmes sociaux et écologiques.

Dans les faubourgs de Dubaï, là où les touristes et les investisseurs ne mettent jamais les pieds, des centaines de milliers d’ouvriers sont entassés dans des logements insalubres. Ils sont venus d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Sri Lanka ou encore de Chine pour travailler sur les nombreux chantiers de construction qui fonctionnent à plein régime, 24 heures sur 24. Des travailleurs qui triment sans relâche sous un soleil de plomb: au plus fort de l’été la température peut monter jusqu’à 50°C! Les normes de sécurité ne sont souvent pas respectées: échafaudages sommaires, équipements insuffisants, absence de harnais. Les accidents de travail sont fréquents, parfois mortels. Sans compter les cas de détresse psychologique tant les conditions de travail sont cauchemardesques, on dénombre un taux de suicide très élevé parmi cette population.

Les autorités exigent que les travailleurs soient bien traités par l’entreprise qui les emploie, mais nombreuses sont les sociétés qui ne s’embarrassent pas de ces recommandations. Leurs passeports sont retenus par les employeurs afin de les empêcher de déserter leur lieu de travail. Leurs salaires mensuels ne dépassent guère les 200 euros. Le droit de grève n'existe pas à Dubaï, ni les syndicats, ni aucune forme de sécurité sociale.


Photo de Dubaï - Chantier et Burj Dubai       Photo de Dubaï - Ouvrier sur chantier

Derrière les scintillants gratte-ciel du centre-ville se camoufle un monde tout aussi glauque: prostitution, blanchiment d’argent, trafiquants d’armes, traite d’êtres humains, esclavage. Mais chut! Il ne faut pas en parler pour ne pas effrayer le touriste.

Impossible non plus de penser à l’impact écologique que peuvent provoquer ces constructions pharaoniques. La création d’îles artificielles peut sembler être une idée brillante en terme de business mais d’un point de vue écologique, ces projets ont anéanti le récif corallien, détruit la faune et bouleversé l’écosystème marin de toute la région...


Pressé, jusqu’au dernier sous!

Il est temps de quitter cet émirat de folie! Dans l’enceinte de l’aéroport, Dubaï joue encore de ses charmes pour nous soutirer nos ultimes dollars. Les boutiques hors-taxes nous encerclent et nous assaillent de leurs articles de luxe. Rares sont les voyageurs qui résistent à ces tentations. Et si les prix ne vous semblent pas assez avantageux, pourquoi ne pas participer à l'une des tombolas dont le prix est une sportive allemande renommée. Voiture qui sera livrée gratuitement devant votre porte, si vous avez la chance de la gagner.


Photo de Dubaï - Aéroport, duty free shop

Que pensez finalement de Dubaï? Soit vous y passer rapidement pour une escale insolite avant de vous rendre sous d’autres horizons plus captivants, et vous serez fasciné par ce mélange effrayant de capitalisme, d’absolutisme et de folies urbanistiques entièrement dédié à la consommation la plus ostentatoire, soit vous décidez de visiter cette région pour découvrir sa culture et ses traditions, mais dans ce cas, il faudra impérativement quitter la ville et partir en quête d’authenticité, dans la quiétude immuable du désert, loin, très loin de Dubaï!

Texte et photos: © Fabrice Bettex / Mysterra


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