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La petite l’île de l’Ascension, invisible sur la carte du monde, semble être un brin de terre perdu au milieu de l’Atlantique Sud et sans intérêt. Une première exploration des 60 km de routes de l’île dévoile un paysage volcanique, aride et monotone, apparemment sans grandes possibilités de découvertes ou d’activités. Passer nos journées sur la belle plage de sable blanc de Georgetown ou d’English Bay n’était pas le but de notre voyage et c’est pourtant cette perspective de farniente qui semble être la seule occupation possible. Erreur! Plus le temps passe, plus l’île va “s’agrandir” et va nous offrir ses jardins secrets, la durée de notre séjour sera juste suffisante pour bien la découvrir.


Une île composée uniquement d’immigrés temporaires

Peu d’habitants se promènent dans les quatre uniques agglomérations de l’île (Georgetown, Two Boats Village, RAF Travellers Hill et la base américaine de Cat Hill). On est loin des villes tropicales traditionnelles où les rues sont bondées, bruyantes et animées. Ici, le nombre de résidents est d’environ 1’100 personnes et tous sont au travail, les rues calmes et quasiment désertes donnent aux endroits habités des allures de ville fantôme. Le soir c’est encore plus calme, excepté dans les quatre clubs où se retrouve une bonne partie de la population, seul le bruit de quelques radios et téléviseurs trouble le silence.

Même si il y a peu de monde, les gens rencontrés sont très sympathiques, pas une voiture qui passe sans que le conducteur ne fasse un signe de la main. Nous remarquons que personne ne se croise sans se saluer. L’isolement et le petit nombre d’habitants favorisent le rapprochement de l'homme avec ses semblables. La plupart de gens sont accueillants, personne ne s’offusquera si vous lui adresser la parole, bien au contraire, les rapports sont simples et souvent superficiels mais toujours agréables. Cette superficialité est en partie due au caractère temporaire du séjour des gens sur l’île, comme ils ne restent que la durée de leur contrat de travail, il y a un grand brassage.

Sur cette petite île de 90 km2, trois communautés bien distinctes se côtoient. Les Britanniques, flegmatiques, réservés et prudents sont venus avec leurs traditions, ils dirigent l’île par l’intermédiaire d’un administrateur, représentant du gouverneur de Sainte-Hélène, lui-même représentant de la couronne d’Angleterre. Les américains, locataires de la base de Cat Hill et de terrains qui couvrent une grande partie de l’île, ont importé les clichés de l’Amérique profonde: gros véhicule 4x4, casquette, hamburger et Budweiser! Entre ces deux communautés, les “Saints”, habitants de Sainte-Hélène, représentent la main-d’œuvre nécessaire au fonctionnement de l’île. Chaleureux et accueillants, ils sont fortement attachés à la Grande-Bretagne et ont du mal à accepter qu’on leur refuse la citoyenneté britannique. Tous les habitants sont en fait des immigrés qui ont obtenu des contrats de travail “temporaire”: certains sont quand même sur l’île depuis plus de 15 ans!. Il n’y a aucun indigène bien que les “Saints”, souvent installés avec leur famille, puissent être considérés comme des autochtones.

La plupart des gens travaillent pour Cable and Wireless, la BBC, le CSO (Composite Signals Organisation) ou pour des sociétés privées de maintenance tel que Serco ou Computer Sciences Raytheon. Il ne faut pas se leurrer avec de telles entreprises l’activité principale est la défense ou des domaines dérivés. Si on n’y prête pas attention le travail des gens semblent anodin mais si on pose quelques questions, les informations qui concernent les emplois deviennent de plus en plus vagues et incomplètes. Certaines installations, protégées et interdites d’accès, n’ont pas dévoilé leurs activités. D’autres nous ont gentiment ouvert leurs portes telle la station de suivi des fusées Ariane (Esa). Plus concrètement, les Britanniques utilisent l’Ascension comme base logistique pour soutenir la garnison des Falklands. Pour les américains la présence d’un “porte-avion” insubmersible au centre de l’Atlantique est un excellent emplacement pour déployer un bon nombre d’oreilles attentives sous forme d'antennes et de paraboles.

Le passage au troisième millénaire représente pour l’Ascension comme pour tous les territoires d’outre-mer britanniques le début d’une période de changement et d’incertitude. Le gouvernement britannique et les grandes agences présentes sur l’île ne sont pas certains de vouloir continuer à administrer ce territoire comme par le passé. Il ne représente plus une priorité, notamment du point de vue militaire. Les conditions politiques mondiales ont profondément changé et les coûts importants de maintenance des bases militaires en dehors de la Grande-Bretagne deviennent de plus en plus difficiles à justifier. Le statut de l’île et de ses habitants va certainement changer. Des taxes et des impôts, jusqu’alors inexistants, vont être introduits, ainsi qu’un service public sous la responsabilité de la collectivité. Le tourisme est considéré comme une opportunité pour offrir à l’île des revenus qui soient indépendants des sociétés présentes actuellement. Cependant, le développement touristique pose des problèmes car, au vu de la taille de l’île, il ne peut être que limité. Trouver un moyen de subvenir aux besoins de la population future de manière plus autonome et indépendante est essentiel.


Une mer, des terres et une faune riches en surprise

Il fait chaud, l’air est sec, presque étouffant, les terres offrent peu de zones d’ombre. Les rochers volcaniques omniprésents ne font qu’accentuer cette sensation de sécheresse et la dureté du paysage n’invite pas à la balade. Si les montagnes et cratères ressemblent de loin à des tas de cendres farineuses, de plus près ces pentes s’avèrent très inhospitalières. Marcher à travers ces roches acérées et cassantes est toujours un exercice périlleux. Seule exception: le micro-climat de la Green Mountain culminant à 780 mètres. Constamment cachée par des nuages, il y fait environ 6 degrés de moins que sur la côte. Sous cette chape de brume, une véritable forêt tropicale se dévoile, humide, moite et verte, avec ses fleurs et ses odeurs, seule la faune manque. On s’attend à découvrir des insectes de toutes sortes vu l’humidité et la végétation luxuriante qui y règne. Etonnament ce n’est pas le cas. On nous avait parlé d’araignées (veuve noir), pas une à l’horizon et c’est temps mieux! Seuls quelques moutons égarés dans la brume apparaîtront. Même les scorpions annoncés dans les zones arides et volcaniques ne daigneront pas se montrer.

Malgré la chaleur et le terrain accidenté, de nombreuses marches méritent d’être entreprises. Un endroit comme le Devil’s Riding School vaut la peine d’être visité. Immense cratère dont le centre contenait autrefois un lac qui s’assécha et forma un paysage assez extraordinaire, une sorte de Grand Canyon en miniature. L’ascension jusqu’au sommet de ce cratère n’est pas difficile, il faut juste se méfier de la roche volcanique qui est très friable, on croirait marcher sur de la porcelaine.

D’autres promenades plus pénibles offrent souvent des vues imprenables sur l’île, tel le sommet de Sisters Peak, qui dévoile en contrebas une coulée de lave bien marquée. Des endroits déserts comme Pillar Bay, Cristal Bay ou Cocoanut Bay, au bord de la mer, sont très arides. Ils sont difficilement accessibles par bateau, la seule solution est de s’y rendre à pied depuis la route qui menait autrefois à la station de la Nasa. Ces lieux permettent de bien s’imprégner de l’ambiance qui règne ici. Une fois acclimatés à ces lieux, cette solitude et ces paysages étranges ne sont pas sans charme bien au contraire. Les paysages de l’Ascension semblent à première vue monotones et tristes, mais très vite ses terres volcaniques dévoilent un éventail de couleurs surprenantes: rouge, brun, orange, ocre.

Quelques grottes peuvent aussi être visitées, mais elles n’ont pas un grand intérêt et ne procurent même pas la fraîcheur escomptée, la chaleur y est encore plus suffocante.

Les côtes du sud-est de l’île sont pour la plupart formées de falaises impressionnantes et inaccessibles. A l’ouest, quelques plages de sable blanc contrastent avec les champs de lave séchée qui se jettent dans la mer. La plus grande plage de l’Ascension, Clarence Bay, à Georgetown, est le principal lieu de reproduction des tortues vertes. Certaines années plus de 80 tortues de mer viennent chaque nuit pour y pondre. Il est fascinant d’observer ces monstres de 200 kg se traîner sur le sable et déployer des efforts extraordinaires pour y creuser un trou et y enterrer leurs œufs. Elles balayent le sable par intermittance avec leurs nageoires, puis après quelques mouvements, elles se reposent une trentaine de secondes et recommencent. Cette pénible corvée peut durer plus d’une heure avant qu’elles ne commencent à creuser un petit orifice pour pondre leurs oeufs. A l’aube, elles regagnent la mer laissant comme seul vestige d’une nuit pénible leurs traces et des cavités dans le sable. Mais c’est dans l’eau que cet animal est le plus majestueux, il semble “voler” sans peine dans l’élément liquide. En cherchant à s’approcher, on réalise à quel point l’eau n’est pas notre milieu: en deux coups de nageoires, la tortue disparait presque instantanément et elle nous laisse les turbulences de l’eau comme seules traces de sa présence.


Une période de changement

L’Ascension est un lieu unique par bien des aspects. Le principal est le fait d’avoir été de tout temps une île complètement fermée. L’instant présent est important car il évoque le moment de l’ouverture et du changement, le visiteur y est encore perçu comme une exception. Il n’y a pas de doute, cela ne va pas durer, l’île a de fortes chances de devenir un lieu touristique comme un autre. La liberté et l’indépendance qu’on y trouve actuellement pourraient bien faire place à une réglementation stricte et controlée. L’autre particularité réside dans le fait qu’il n’y a pas d'habitants fixes, d’une visite à l’autre ou d’un contact à l’autre, les personnes peuvent avoir changé. On peut parfois le voir comme un problème mais également comme un avantage car tout est constamment à refaire. Avec les prochains changements d’organisation de l’île, cette situation évoluera elle aussi. Il est donc urgent de visiter cette île avant qu’elle ne devienne un petit paradis touristique sans âme où tout est bien organisé.

Texte: © M.Chabod / F.Bettex   •   Photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo île Ascension

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Photo île Ascension - Sterne

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