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Ceux qui sont déjà venus à l’île Maurice connaissent cette bourgade qui se trouve au Nord de Port Louis, sur la route de Trou-aux-Biches, passage obligé pour se rendre dans un des hôtels de luxe de la côte nord-ouest. Des maisons sont alignées des deux côtés de la rue, longue comme un jour sans pain: boutiques, échoppes, snacks, défilent sous les yeux des touristes pressés de rentrer à l’hôtel ou en promenade. Rare sont ceux qui s’y arrêtent car ce village paraît sans intérêt. Les bus roulent en crachant leur épaisses volutes de fumée noire, les voitures klaxonnent, les vélos se faufilent et les motocyclettes pétaradent. Beaucoup de bruit et de pollution.

C’est Triolet et c’est justement là que j’ai décidé de faire une halte. Le soleil se couche et la nuit tombe rapidement, comme dans tous les pays des tropiques. Soudain, le spectacle change: nous découvrons alors un spectacle féerique. De véritables cascades de lumière illuminent les maisons, villas, restaurants et magasins. C’est une profusion de guirlandes clignotantes, de couleurs ou de lumière blanche, qui orne les rues. Nous sommes en pleine fête de Divali.

C’est la fête de la lumière, de la joie et du bonheur pour tous, une des plus importantes dans la tradition indienne. Fêter Divali, c’est prendre le parti de la lumière contre les ténèbres, de la connaissance contre l’ignorance, du bien contre le mal. Divali, ou Deepavali, vient de deux mots hindis: “deepa” qui signifie lumière, et “avali”, rangée. Ce qui décrit bien le spectacle merveilleux que nous avons sous les yeux. Toutes ces lumières sont censées guider la déesse Luckshmi qui vient apporter sur terre richesse, chance et développement de l’esprit.

La rue s’est rapidement remplie de badauds et c’est l’ambiance de kermesse qui s’installe. Les voitures peinent à se frayer un chemin: les piétons ont pris possession de la rue afin d’y faire la fête. Des haut parleurs nasillards résonnent de chants et de musiques indiennes. On se salue avec joie et on offre à la ronde des petits gâteaux doux. On rit et on se souhaite un “Happy Divali”. Les enfants s’en donnent à coeur joie, à coup de feux de Bengale ou de pétards tonitruants qui résonnent à nos oreilles. Tout le monde s’amuse!

Ce que les touristes ne savent pas, c’est que pendant les jours qui ont précédé, les familles hindoues se sont mises au travail pour nettoyer soigneusement leur maison. Elles ont décoré le sol avec des poudres de couleur qui remplissent des motifs sacrés: les rangolis. Elles ont préparé de bons petits plats et ont emballé avec un grand soin gâteaux et friandises qu’elles distribueront à leur famille, aux amis et voisins, mais aussi aux touristes de passage. Car la symbolique de Divali prend tout son sens dans le partage et l’offrande de ces gâteaux, autant de gestes faits en signe de paix et d’amour. Les hommes se sont fait tailler sur mesure un costume à la mode hindoue traditionnelle et ont offert un nouveau sari chatoyant à leur épouse. Il faut bien marquer le coup!

Si nous entrons dans une des routes qui bifurquent à droite ou à gauche de la rue principale, l’ambiance change. D’abord, nous découvrons que Triolet n’est pas que cet alignement de maisons qu’on aperçoit au premier abord. C’est aussi une cité constituée de petites maisons au toit de tôle, et plus loin la campagne avec ses champs de canne que l’on vient de finir de couper. Le long de la route plongée dans les ténèbres, nous voyons de temps à autres une maison illuminée. Mais avec moins de faste, car ce sont des lampes à huile, petits lumignons de terre cuite, qui nous invitent à la fête.

Un peu plus loin, nous découvrons un temple illuminé: dans la cour, des hommes et des femmes sont assis et chantent des mantrams. On a enduit le front des enfants d’une poudre vermeille. Un autel est dressé et décoré de fleurs, de fruits et de friandises en offrande aux dieux.

Un vieux prêtre enturbanné à la barbe de père Noël salue les dévots en joignant les mains. Je réalise à ce moment, que ces gens se saluent comme ils saluent leur dieux et leurs déesses: avec respect, amour et vénération. Quelle leçon!

En regagnant l’agitation de la rue principale, je fais connaissance avec une vieille dame assise inconfortablement sur un minuscule banc. Elle est fière de me présenter la maison de son fils, éclairée de mille feux et décorée avec soins. J’apprends qu’elle s’est toujours intéressée aux croyances et aux philosophies hindoues.

J’en profite pour la questionner: quelle est l’origine de la fête de Divali?

“Cette fête est dédiée à notre déesse Luckshmi qui est l’épouse du dieu Vishnu qu’elle accompagne toujours lorsqu’il redescend sur terre et s’incarne dans une personne humaine pour aider les hommes à lutter contre le mal.”

Elle continue de parler. D’autres personnes se sont jointes et écoutent respectueusement cette femme pleine de savoir.

“Lorsque Rama devint la septième incarnation de Vishnu, son épouse prit l’apparence de Sita et l’histoire de leur vie terrestre fait partie de l’épopée du Ramayana. Rama, fils du roi d’Ayodhya, est victime d’intrigues perverses de la part de ses proches et doit quitter le palais en compagnie de son épouse Sita. Abandonnés et démunis de tout, ils errent dans la jungle. Le démon Ravena profite de leur malheureuse situation pour enlever Sita et l’emmener dans son royaume, à Ceylan. Rama demande alors de l’aide à Hanuman, chef de l’armée des singes. Finalement, Ravena est tué, son royaume est conquis et Sita est délivrée. Les époux retournent alors à Ayodhya où le peuple, pour montrer sa joie de les revoir, illumine toute la ville d’une multitude de lumières. C’est ainsi que, depuis lors, chaque année, les petites lampes de Divali commémorent la délivrance et le retour de Sita.”

Joignant ses mains, elle conclut en chantant: “Om Shanti Shanti Shanti!”. Formule sacrée que l’assemblée reprend, invoquant la paix sur elle et sur le monde.

Il me semble tout à coup être ailleurs, sur les rives du Gange, à Bénarès, en communion avec tous les croyants répandus tout autour de la terre. Pour moi, Divali, est ce soir-là comme une porte ouverte sur le Paradis.

Texte: © Maurice Matthey   •   Photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo île Maurice - Divali

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