Retour Sommaire Magazine
Retour Accueil Information Contact
 
 


Entre Poivre et Pamplemousses, une histoire… très épicée.

Le magnifique jardin botanique situé près de Port-Louis, a connu maintes dénominations tels que “Jardin de Mon Plaisir”, “Jardin des Plantes” ou encore “Jardin Botanique Royal”. Il a finalement été rebaptisé en 1988 “Jardin Botanique Sir Seewoosagur Ramgoolam”, en hommage au père de l’indépendance et Premier Ministre mauricien. Bien que récente, cette appellation reste très peu usitée, voire même ignorée des visiteurs. Le nom de “Jardin de Pamplemousses” du nom du village qui le jouxte, est le plus fréquemment employé.

Le jardin doit son origine à François Mahé de La Bourdonnais, gouverneur de l’île de France (ancien nom de l’île Maurice), qui acheta la propriété de Mon Plaisir, y fit construire sa résidence, et créa un potager. Mais c’est Pierre Poivre, au nom prédestiné, qui fut réellement le créateur passionné. Lorsque cet ancien séminariste devenu botaniste et explorateur visite l’île de France, il se présente en véritable "missionnaire des épices”.

Nous sommes au XVIIIe siècle, Poivre est un jeune aventurier, il veut briser le monopole des Hollandais sur le marché des épices et a décidé d’en faire l’importation dans les colonies françaises. Il débarque donc avec des coffres regorgeant de graines et de plants d’arbustes qui embaument les cales de son navire! Il les a choisis avec soin, tout au long de ses voyages, parfois subtilisés à ses risques et périls. Ainsi, muscadier, girofliers, poivriers, viendront lentement s’acclimater au "Jardin de Mon Plaisir”. Mais Fusée-Aublet, un horticulteur jaloux, sabota ses cultures dès qu’il eut tourné le dos! Si Poivre, désabusé rentra en France, il ne s’avoua pas vaincu, car c’était sans compter sur la détermination de cet homme qui en avait vu bien d’autres.

En effet, il revint une dizaine d’années plus tard, en 1767, et cette fois en tant qu’intendant de l’île Bourbon (Réunion) et de l’île de France. Pierre Poivre était manchot (lors d’une bataille navale, un boulet lui avait emporté le poignet et il avait dû être amputé), mais son habileté, sa science, sa ténacité et son expérience vinrent à bout de toutes les difficultés. Il introduira dans le jardin de Pamplemousses des arbres et des épices du monde entier dont les noms nous invitent au voyage: le laurier des Antilles, le camphrier de Chine, l’arbre à pain des Philippines, le litchi de Cochinchine... mais aussi autant d’espèces indigènes que possible. Pierre Poivre, cet homme bon et généreux - il se révoltera d’ailleurs contre l’ignominie de l’esclavage - sera l’auteur des premières lois sur la protection de la nature. Il vivra avec sa femme et ses filles dans la résidence de Mon Plaisir (aujourd’hui détruite, mais remplacée par une non moins belle construction, pompeusement nommée “Château de Mon Plaisir”) jusqu’à ce qu’il décide de rentrer chez lui, à Lyon, pour y décéder en 1786. Il avait alors soixante-sept ans.

Son successeur, le botaniste Nicolas Céré, s’efforca de poursuivre l’oeuvre de Pierre Poivre. Il y consacra sa vie et sa fortune pour l’enrichir de fleurs et d’arbres. C’est ainsi que le jardin fut apprécié par les plus grands naturalistes et qu’il acquit le renom qu’il connaît aujourd’hui.

Si, à partir de 1810, les Anglais délaissèrent quelque peu ce magnifique jardin, en 1849 James Duncan reprit le flambeau et redonna au jardin son charme d’antan. Il y fit croître de nouvelles espèces, telles que des fougères, des araucarias, des orchidées ou des bougainvilliers. C’est à lui que revient le mérite d’avoir planté de nombreuses espèces de palmiers, dont le palmier royal qui orne aujourd’hui deux belles avenues du jardin. A sa suite, de nombreux botanistes, horticulteurs et paysagistes poursuivirent ce qu’on peut appeler "une oeuvre d’art" et qui fera rêver bien des promeneurs en quête de beauté, de sérénité et de poésie. Espérons qu’ils ne seront jamais déçus de ce que les hommes en feront demain...


Pamplemousses aujourd’hui.

Derrière l’imposante grille blanche en fer forgé, s’ouvre l’Avenue La Bourdonnais. Là, veille un éléphantesque baobab, nous pénétrons dans le jardin d’éden "Sir Seewoosagur Ramgoolan" dit "de Pamplemousses"! Devant nous s’élève de part et d'autre de l'avenue, une rangée d’immenses lataniers embrassés de lianes et de philodendrons, qui nous accueillent majestueusement et démontrent combien la végétation dans un pays tropical peut être exubérante.

Nous rejoignons, par un petit chemin transversal, l’Avenue Poivre bordée de gigantesques palmiers royaux qui semblent nous escorter. Sur notre droite murmure la rivière Citron qu’enjambe le pont des soupirs. Nous nous asseyons dans le petit jardin où se côtoient des arbres originaires d’Inde et de Chine: le cannelier, le teck, le badamier dont le bois rouge est utilisé par les ébénistes et le goyavier royal. Ici, on ne se contente pas de contempler la nature, on la respire! Même les arbres exhalent un léger parfum, de fleur, de fruit, d’épices… et nous voyageons...

A quelques pas (Avenue d’Epinay), se trouve un bosquet de bambous jaunes en provenance d’Inde. Les jeunes pousses sont utilisées comme légume et sont consommées dans une grande partie de l’Asie. Puis voici, à la croisée des avenues Telfair et Cossigny, d’étranges palmes ouvertes en éventail comme des paons faisant la roue, nous découvrons les palmiers Talipot aux gigantesques feuilles pouvant atteindre 3 mètres. Ils ne fleurissent qu’une fois dans leur vie. Après 40 à 60 ans, ils nous offrent une éblouissante inflorescence de plus de 50 millions de petites fleurs pouvant atteindre une hauteur de 6m au dessus de l’arbre, puis ils meurent!

Au bout de l’avenue Cossigny, on découvre la Colonne Liénard, obélisque en marbre blanc, sur laquelle sont gravés les noms de ceux qui ont contribué à la prospérité de l’île en développant la flore et la faune. On peut lire, sur un côté du monument, une citation de Bernardin de St-Pierre: “Le don d’une plante utile me paraît plus précieux que la découverte d’une mine d’or, et un monument plus durable qu’une pyramide”.

Et voici le bassin aux nénuphars qui nous offre une fraîche brassée de fleurs blanches, bleues ou roses. Elle meurt hélas après n’avoir vécu que deux jours. Le gigantisme de ses nénuphars nous surprendra: les "Victoria Amazonica" peuvent atteindre 1 à 2 mètres de diamètre! On dit qu’ils pourraient supporter le poids d’un petit enfant. Il est bien entendu déconseillé d’essayer, cette nature-là se touche avec les yeux! Dissimulée dans l’ombre des feuillages alentour, on apercevra peut-être la rose de porcelaine à la beauté très exotique. En face du bassin, le buste de Pierre Poivre semble veiller sur le jardin…

Puis dans le bassin aux lotus, au début de l’Avenue Pope Hennessy, on admire leur fleur blanche ou jaune pâle, vénérée par les Hindous. Les feuilles posées sur l’eau sont “imperméables” .

Malgré nos pas alanguis par la chaleur, notre promenade reprend, car notre curiosité nous pousse plus loin encore dans ce paysage de conte de fées où l’on ne serait pas surpris de croiser un gentil lutin. Soudain, nous apercevons au loin le Château de Mon Plaisir, à la limite du parc. Cette grande bâtisse à varangue n’est pas celle que fit édifier Mahé de La Bourdonnais tout près de la grille principale, elle a été construite par les Anglais au milieu du XIXe siècle et accueille à présent des hôtes de marques venus pour des cérémonies officielles. Indira Gandhi, la Princesse Margaret, François Mitterrand ainsi que d’autres personnalités ont eu le privilège de planter “leur” arbre devant le château.

Nous revenons vers l’intérieur du jardin en suivant l’Avenue Mon Plaisir. Après un petit pont, nous découvrons un gigantesque arbre centenaire, le “figuier sacré”. Puis le “grand bassin” apparaît, il entoure des îlots recouverts d’une végétation luxuriante et dense de palmiers, de papyrus et de ravenala, communément appelé “arbres du voyageur”. Mais nous ne pouvons quitter ce lieu sans saluer la statue de Bernardin de Saint-Pierre qui fit couler beaucoup de larmes avec son célèbre roman Paul et Virginie et dont la tombe fictive et romanesque se trouve au bout de l’avenue qui porte bien entendu leurs noms. Ce n’est en réalité qu’un piédestal qui, paraît-il, devait accueillir la statue des amoureux mais qui ne fut jamais réalisée.

C’est près de la grille d’entrée, que soudain nous revenons à la réalité. Nous aurions pu prendre un guide, mais ce sera pour une autre fois! Aujourd’hui, comme Alice, nous avons préféré nous perdre et rêver…

Texte: © Valérie Claro   •   Photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses

Photo île Maurice - Jardin de Pamplemousses
       
       
> Retour Sommaire Magazine