Retour Sommaire Magazine
Retour Accueil Information Contact
 
 


Une île à l'état brut.


Nous avions décidé de rejoindre l’île Rodrigues en bateau, tranquillement, en savourant chaque heure de ce voyage d’un jour et demi. Laisser le temps s’écouler avec langueur, abandonner son stress et ses soucis dans ce navire, pour mieux apprécier la découverte de cette île au delà d'une ligne d’horizon qui semble inatteignable. Bien sûr, prendre un avion à l’île Maurice et survoler hâtivement l’océan pour rejoindre ce petit bout de terre aurait été plus simple, mais nous aurions manqué l’immanquable: jouer aux explorateurs découvrant une terre inconnue! Quelle sensation merveilleuse que d’apercevoir, aux premières lueurs de l'aurore, une poussière d’île. Rassurante et accueillante, elle semble surgir de l’océan avec le reflet de ses montagnes noires dans l’eau encore sombre. Tandis que le navire s’approche doucement des côtes, des oiseaux franchissent le ciel et rejoignent leur unique refuge, quelque îlot aux limites du lagon.

Le “Mauritius Pride” s’engouffre dans le chenal qui conduit à Port Mathurin. Les silhouettes des piqueuses d’ourites se détachent du lagon embrasé par le soleil levant. A marée basse, elles profitent de traquer les poulpes enfouis dans les anfractuosités de la roche. Un sentiment de sérénité et de bien-être se dégage de ce tableau presque idyllique. On pourrait imaginer ce travail comme le plus beau du monde, mais détrompez-vous, c’est une besogne pénible et souvent couronnée de peu de succès. Nous observons là les dernières piqueuses, la prochaine génération devra très probablement trouver une autre occupation.

Rodrigues, nous y voilà! Fraîchement débarqués, nous sommes impatients de percer les secrets de cette terre oubliée. Habituellement, on ne s’y arrête jamais longtemps, les visiteurs, comme le vent, parcourent l’île en un éclair. Lourde erreur, Rodrigues mérite justement que l’on s’y attarde. C’est une île à découvrir lentement , patiemment, au rythme de ses habitants. A dimension humaine, sans démesure, elle se dévoile aisément pour peu que l’on s’imprègne de la vie rodriguaise. Elle n’a peut-être pas la richesse culturelle de l’île Maurice, ni la beauté insolente de la Réunion, et encore moins l’opulence naturelle de Madagascar, mais elle possède ce “petit quelque chose” qui séduit: un charme discret et sincère. Une île où le mot “authenticité” n’est pas un vain mot.

Loin des clichés “carte postale” et du tourisme standardisé, elle peut , de prime abord, décevoir le visiteur en mal d’île paradisiaque. Trop rude, trop austère, les paysages semblent inachevés et n’offrent pas les visions tropicales habituelles: pâturages à la végétation broussailleuse parsemés de blocs de basalte, collines desséchées par les vents omniprésents, maisons éparpillées et isolées, plages peu accessibles et côtes pierreuses peuvent déplaire au touriste. Mais celui-ci va vite découvrir une île d'un autre âge où le temps semble s’être arrêté, un havre de paix où le silence règne. Puis la rencontre d'une population chaleureuse et d’une gentillesse émouvante vont le charmer. Enfin, les villages nichés au creux d’un vallon, les petites criques abandonnées au bord d’un lagon aux couleurs d’émeraude, les îlots déserts émergeant de la ceinture de corail bouillonnante d'écume finiront par l’ensorceler. Débarqué en curieux, il en repartira conquis!

Petit tour d'horizon.

La route sinueuse qui mène vers Port Sud-Est est un émerveillement. Les tours opérateurs la nomment “route des 52 virages”, nous n’avons pas compté, bien trop subjugué par les vues époustouflantes qu’elle nous offre sur le lagon. Palette de bleus turquoises étourdissante, passes profondes qui s’entremêlent et se rejoignent pour ne former qu’un seul chenal zigzaguant jusqu’au récif frangé d’écume. Et là, juste devant nous, un banc de sable blond accueillant et quelques pirogues sagement amarrées nous incite une nouvelle fois à une douce oisiveté.

Sur la carte les noms de village s’enchaînent: Port Sud-Est, Songe, Tamarin, Rivière Coco,  Petite Butte, mais en réalité on ne sait jamais exactement où l’on se trouve tant les villages sont peu délimités. Les habitations sont dispersées ça et là. Quelquefois un centre communautaire ou une épicerie fait office de “centre du village”! Puis nous atteignons Plaine Corail et son attraction principale: la Caverne Patate. Longue de plus de 1’000 mètres, stalactites et stalagmites ornent cette grotte étrange. A la lueur d’une torche, on découvre des formes étonnantes, noircies par les flambeaux utilisés autrefois. On peut les interpréter à sa guise; le guide imagine un poisson, une sorcière ou même le buste de Winston Churchill! Mais ce sont principalement le modelé et les teintes de la voûte qui nous émerveillent. Le relief, les courbes et les couches de roche et de corail ont façonné des tableaux abstraits qui révèlent cent nuances différentes: jaunes, oranges, roses, ocres, blanches.

Sans se presser, ni se lasser, nous découvrons en voiture l’intérieur de l’île. Des petites collines verdoyantes se dessinent à l’horizon, puis apparaissent des champs segmentés par des murets de pierre de corail où paissent vaches et moutons. Des écoliers en uniforme marchent le long des routes sinueuses où s'égrènent de paisibles villages. Des femmes, aux visages cuivrés, guettent l'autobus près de petites échoppes dans lesquelles des hommes conversent en buvant un petit coup de rhum. Perchées sur des pentes abruptes, complètement isolées, des petites maisons observent l’océan au loin. Rien ne semble pouvoir troubler la quiétude des lieux, à moins que la nature ne décide de s’en mêler: il n’est pas rare qu’un cyclone dévaste en un clin d’oeil ce petit bout de terre et sème le chaos à travers l’île...

Ici, le temps change vite, un ciel azuré nous accompagne le temps d’une promenade et l’instant d’après un ciel haineux déverse une petite pluie rafraîchissante. Les nuages semblent parcourir l’île sans vraiment s’y arrêter, assurément un véritable casse tête pour les météorologues! Et ce n’est pas Saint Gabriel qui nous contredira: il pleut devant son église le jour où de nombreux petits Rodriguais fêtent leur première communion. L’église de Saint Gabriel est la plus grande de l’Ocean Indien, elle peut accueillir 2000 fidèles. La construction de ce monument commença en 1936 et s’acheva en 1939. Durant cette longue période, chaque paroissien contribua à la construction de l’édifice. Lorsque les fidèles se rendaient à la messe, ils en profitaient pour acheminer des matériaux: briques de corail, sable, bois. Aujourd'hui, et comme chaque dimanche, l’église est bondée. Les retardataires sont contraints de suivre, d’une oreille distraite, la messe sur le perron. Les enfants ont revêtu leurs plus beaux habits spécialement conçus pour cette cérémonie. Telles de petites mariées, les jeunes filles sont tout émoustillées par l’événement. Elles courent dans la foule, babillent entre amies, se laissent photographier avec malice pour le plus grand plaisir des parents, fiers de leur rejeton. Les sourires y sont spontanés. Néanmoins, les gens hésitent à venir nous parler, la timidité l’emporte sur la curiosité. Il faudra faire le premier pas pour partager quelques mots et découvrir des gens au franc parlé. Accueillants et charmeurs, les autochtones souhaitent donner aux visiteurs une bonne impression de leur île et leur rendre le séjour agréable.

Malgré l’arrivée du “modernisme”: téléphones mobiles et antennes paraboliques, les Rodriguais continuent de mener une existence simple en respectant leur patrimoine et leur culture. De nombreux jeunes nous ont affirmé apprécier les modes vestimentaires, bénéficier des nouvelles technologies, sortir en discothèques et danser sur des musiques contemporaines mais ils ne désirent pas pour autant sacrifier leur île au diktat de la consommation. Des commodités, oui, du développement à outrance, non! Cette jeunesse aime la nature et l’aspect sauvage de Rodrigues, elle refuse par exemple un développement routier excessif qui favoriserait l’implantation de nombreux hôtels et son lot de nuisances. Rodrigues veut conserver son identité même si cela sous-entend un développement plus lent, plus réfléchi. On peut toutefois se poser la question de savoir si la population rodriguaise, et surtout son gouvernement en partie géré par Maurice, résistera longtemps à l’appel du tourisme de masse et à la poésie de ses caisses enregistreuses!

Réponse dans quelques années... Mais si j’ose vous donner un conseil: dépêchez-vous de découvrir cette île du passé, car le modernisme est à ses trousses!

Texte et photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues

Photo île Rodrigues
       
      Visitez le site de notre partenaire!    
> Retour Sommaire Magazine