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La légende prétend que de nombreux pirates qui accostaient autrefois l’île Rodrigues auraient enfoui dans de mystérieuses grottes ou sur des îlots déserts de fabuleux trésors. Au cours des époques, chercheurs d’or et autres aventuriers ne dénichèrent jamais rien. Et si ces richesses étaient à jamais englouties dans les eaux turquoises de son immense lagon ou au delà du récif?

Il suffit de plonger à “Trou aux Pirates” pour s’en convaincre! Ce n’est pas des pièces d’or et des bijoux de valeur que vous y trouverez mais un trésor encore plus précieux: une faune et une flore sous-marine pratiquement intacte. Barracudas, raies pastenagues, requins, thons et carangues évoluent dans un paysage constitué d’une invraisemblable diversité de coraux durs et d’immenses gorgones.

La plongée débute à l’entrée d’une petite faille gardée par un banc de platax. Engouffrés dans cet étroit passage, nous en ressortons à l’autre extrémité comme émergeant d’une caverne profonde. Sur le tombant qui s’offre devant nous tout semble en harmonie, l’équilibre entre les formations rocheuses, les coraux durs, les gorgones géantes et les bancs de poissons est parfait. A tel point que nous ne savons pas où regarder: ici, un gros mérou pas farouche, là, un banc de carangues, plus loin un thon nageant furtivement le long du récif... Occupé à photographier une gorgones à la découpe particulière, je ne verrais pas le barracuda solitaire qui se dérobe derrière moi! Par contre, la grosse raie pastenague ne passera pas incognito, elle plane au bas du tombant à 30 m de profondeur. Se souciant bien peu de nous, elle s’en ira au loin dans un élan majestueux, attirant notre regard sur le grand bleu qui dévoile occasionnellement quelques requins à queue noire. Mais cela ne sera pas pour cette fois, ne soyons pas trop exigeant et espérons quelques surprises pour nos prochaines explorations!

Et croyez-moi, les surprises ne manqueront pas, même si en cette période de la fin de l’hiver austral certains sites sont difficilement accessibles. La mer, passablement agitée en raison des vents dominants, nous obligera plusieurs fois à nous replier à l’intérieur du lagon. C’est ainsi que nous aurons l’occasion de découvrir “Couzoupa”, petit jardin d’eden sous-marin, situé dans un recoin de la passe de Port Sud-Est. Ce site, facilement accessible, peu profond et bien protégé des assauts de la mer, offre une multitude d’attraits. Il est peuplé de poissons coralliens traditionnels mais aussi d’espèces plus rares comme le poisson-feuille ou le fameux poisson-scorpions “inimicus” qui possède des “pattes” sous ses nageoires pectorales. “Couzoupa” est un jardin de corail où il fait bon se promener au grès de ses envies et fureter à la découverte de joyaux cachés. Tels ces somptueux “champs” d’anémones aux pieds d’un rouge vif abritant des dizaines de demoiselles “domino” (Dascyllus trimaculatus) et des poissons-clown accompagnés de leurs nouveau-nés. Ou ces carangues bleues qui chassent parmi les dédales du récif.

En contournant une patate de corail, j’apercois de grandes antennes s’agiter. Vu la grandeur, l’animal au bout de ces antennes doit être gigantesque... En effet, une langouste d’un bon demi-mètre (et je n’exagère pas!) me fait face. Impossible de l’approcher convenablement, elle fait barrage avec ses appendices. Mon insistance provoque son repli immédiat dans sa cachette. J’avais déjà observé des spécimens de taille respectable lors de mes précédents voyages mais là, cela dépasse vraiment l’imaginaire. Benoît, notre guide et propriétaire du centre “Bouba Diving”, ne semble pas étonné, il en a vu d’autres! Plus loin, nous découvrons un petit poulpe qui semble vouloir jouer à cache-cache. Malicieux, il se laisse approcher de très près pour s’enfuir brusquement à quelques mètres. Il se pose sur une roche et fanfaronne en changeant continuellement de teinte tel un kaléidoscope, pour finalement prendre l’image de la dite roche, mimétisme parfait. Ce petit jeu dure quelques minutes jusqu’au moment où lassé de notre présence, ou peut-être vexé de l’avoir repéré une nouvelle fois, il s’enfuit en pleine eau nous gratifiant d’un nuage d’encre en guise d’adieu. A quelques mètres de là, gît dans le sable une vieille roue faisant probablement partie d’une ancestrale pièce de canon... et si, bien enfoui dans le sable, apparaissaient les restes d’une épave d’un de nos fameux pirates?!? Nous n’aurons pas le courage de creuser!

La passe de Port Sud-Est offre à elle seule 5 sites de plongées intéressants: Jardin, Small Wall, Castle Rock, Pâté Fanu et Couzoupa qui est sans aucun doute le plus attrayant et le plus préservé. Small Wall, à l’instar des autres sites, est tributaire de la visibilité très variable résultant de l’état de la marée. C’est un tombant qui descend jusqu’à une profondeur de 20 mètres. A nouveau nous découvrons de grosses langoustes, des carangues gros yeux et même un thon mais aussi une faune à peine perceptible: de nombreuses espèces de nudibranches, des coquillages “porcelaine”, des crevettes d’anémones, des poissons pierres au mimétisme toujours aussi redoutable et, cachés dans les anfractuosités de la roche, de somptueux poissons anges juvéniles assez rares comme le poisson ange à demi-cercles (Pomacanthus semicirculatus), à ne pas confondre avec le poisson ange empereur (Pomacanthus imperator), aussi présent! Il est regrettable que les sites dans la passe soient pratiquement tous recouvert de sédiments, accentuant ainsi l’aspect morose des paysages. Ces endroits sont très exposés aux mouvements de la marée qui charrie sable et vase. De plus, les dernières tempêtes et cyclones ont terriblement brassés les fonds; les sédiments au lieu de retomber aux tréfonds de la passe ce sont déposés sur les roches voisines. Il faudra probablement encore plusieurs mois pour que les sites soient “nettoyés” de leurs impuretés.

Un séjour plongée sans une petite séance “frisson” n’est pas un véritable séjour. Heureusement nous y avons eu droit! Aujourd’hui, le temps est bien maussade, les averses ne cessent de défiler. Benoît décide de plonger à l’entrée de la passe (“Pâté la Passe”). En raison de la forte houle, nous descendons rapidement. La mauvaise visibilité (à peine 5 mètres) et la faible luminosité nous procure la sensation de plonger au crépuscule bien qu’il ne soit que 11h00! Nous atteignons finalement la profondeur de 36 mètres, quatre requins à queue noire (carcharinus wheeleri) nous attendent, peut-être plus... Vu la mauvaise visibilité, il est impossible de savoir ce qui se passe au-delà de 5 mètres. C’est une impression exaltante mais à la fois angoissante de voir soudainement apparaître les requins à portée de main, puis de les voir se fondre tout aussi soudainement dans le brouillard ambiant. Ce manège durera plusieurs minutes, les requins sont curieux mais calmes et inoffensifs. Evidemment, il m’est impossible dans ces conditions de faire de bonnes photos, dommage l’ambiance “fog londonien” est assez chouette et inhabituelle dans une mer tropicale. Avec une bonne visibilité, les sensations auraient été probablement tout autres et certainement moins intenses! Cela constitue une des joies de la plongée: ne jamais vraiment savoir ce qui nous attend de l’autre coté du miroir... Notre plongée se prolongera le long du tombant. Une multitude de petites grottes, failles et tunnels regorgeant de faune nous permettra de terminer cette exploration en toute quiétude.

Nous passerons les jours suivants à découvrir quelques sites extérieurs au récif tel que “Gros Roche” ou “La Gorge”. “Gros Roche” est un petit tombant très riche en coraux. Ce récif est malheureusement très peu coloré car il est principalement constitué de coraux durs tels que le “corail-cerveau”, le “corail Acropora”, ou encore le “corail poreux”. Quelques gorgones et coraux mous apportent toutefois une touche de couleur dans ce décors monochrome. Le récif est formé de petites ravines où il fait bon s’engouffrer à la recherche d’agréables surprises tels ces magnifiques poissons papillons (Chaetodon trifasciatus) ou ces gros perroquets très actifs. Mais le clou du spectacle est une petite demoiselle bien anodine à première vue mais qui se révèle être une espèce endémique à Rodrigues. Cette espèce a été récemment découverte et n’as pas encore été homologuée par les “grandes instances internationales”. Elle est appelée pour l’instant “Demoiselle de Rodrigues” et porte le nom latin (provisoire?) de “Pomacentrus Rodriguensis”.

Le site “La Gorge” offre quant à lui un relief très intéressant à l’architecture tourmentée. On y accède depuis l’intérieur du lagon par un petit tunnel très étroit qui traverse le récif et aboutit à l’extérieur du lagon. La vedette des lieux est “Johnny” le gros barracuda solitaire qui, régulièrement, attend les plongeurs dans un dédale de grottes, de galeries et de canyons baignés de magnifiques jeux de lumière. Le retour est plus pénible puisque il faut repasser par l’étroit tunnel avec un violent contre-courant qui nous oblige à s’accrocher et à se tirer le long des parois pour atteindre à nouveau le lagon.

Le jour du départ approche et nous regrettons d’avoir manqué “Ti Colorado”, un “sec” à 4 km du récif et uniquement accessible en été. Bloc gigantesque reposant à 39 mètres de fond et s’élevant jusqu’à 18 mètre où une faune abondante a élu domicile dans une eau cristalline. A comparer, pour les connaisseurs, au “Sec Paté” des Saintes (Antilles françaises).

C’est avec des moments magiques plein la tête que nous quitterons cette petite île aux charmes discrets. Songeur, je me rappelle de cette vieille roue gisant dans le sable et datant probablement de plusieurs siècles. Il est évident que des merveilles archéologiques doivent subsister quelques part... Le récif est encore bien méconnu, plus des 3/4 n’a jamais été exploré. Il reste donc une quantité phénoménale de sites à découvrir, présageant de belles “trouvailles”. J’envie Benoît qui explore souvent le long récif ceinturant cette immense lagon. Un jour, peut-être, tombera-t-il enfin sur le vrai trésor des pirates!


INFOS PRATIQUES:

Club de plongée:

Nous avons plongé avec Benoît de Baize, propriétaire du centre Bouba Diving qui est installé dans l’hôtel Mourouk Ebony à Port Sud-Est. Attention, le centre est fermé tout le mois de juin.

Brevet et certificat médical exigé. Licence MSDA (Mauritius Scuba Diving Association) obligatoire délivrée directement par le centre. L’équipement complet est fourni (compris dans le prix de la plongée). Le club organise différents types de plongées: initiation en piscine et baptême en mer, explo, plongée de nuit, plongée & barbecue sur île déserte, plongée découverte, plongée enfant dès 12 ans.

Encadrement:

- Benoît de Baize (moniteur NAUI) connaît chaque recoin des sites qu’il vous fera visiter.
- Passage de brevets NAUI: “Scubadiver” ou “Scubadiver Advanced”. Cours en anglais ou français (de préférence durant l’hiver de mai à septembre).

Sécurité:

- Attention, il n’y a pas de caisson de décompression à Rodrigues. Normalement les plongées s’effectuent sans paliers.

A voir:

- Beaucoup de corail, faune habituelle de l’Océan Indien. Les paysages sous-marins sont peu colorés, nombreuses grottes, tunnels et failles. Possibilité d’observer du “gros”: thons, carangues, requins, dauphins, barracudas, raies (mais pas de Manta).

Meilleure période:

- Pendant l’été, de octobre à avril avec une préférence pour le mois de novembre. En hiver, de juin à septembre, les vents dominants du Sud-Est empêchent souvent les sorties hors du récif, obligation de plonger à l’abri du lagon, sites moins variés.

Texte et photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo sous-marine île Rodrigues

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Photo sous-marine île Rodrigues

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