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Pas facile! Bien que petite, cette société possède ses propres règles, elle considère le touriste plus comme une vache à lait que comme un partenaire avec qui l’on peut partager un moment de vie. Cette impression, nous l’avions déjà eue lors de nos contacts par Internet pour la préparation du voyage. La majorité de ces contacts n’étaient que commerciaux et pas aisés. Il semble que bien peu de gens aient reçu la bosse des affaires et du tourisme, on nous a répondu uniquement si notre interlocuteur y trouvait un intérêt direct. Dans le cas contraire, on nous a souvent dit que c’était impossible ou déconseillé (location d’une voiture, hébergement dans certaines fermes et même, selon des touristes français rencontrés sur place, l’impossibilité de voyager avec la RAF!) ce qui s’avèra totalement faux.

Si cette difficulté d’approche resta présente pendant tout notre séjour, elle nous permit d’apprécier d’autant plus nos trop rares rencontres et discussions avec des personnes accueillantes. Nous ne pouvons ici que remercier ces gens. Les textes suivants ont pour but de vous faire découvrir, par le biais de remarques et d’anecdotes, les conditions spécifiques et la mentalité qui règne dans une société si isolée.

Kay

Notre logeuse, propriétaire et tenancière d’un Bed&Breakfast, est un personnage unique. Elle accueille les visiteurs sans affectation avec une simplicité qui met tout le monde à l’aise dès les premières minutes. Une visite de sa maison, une des plus vieille de Stanley, permet d’en savoir un peu plus sur cette alerte grand-mère. Des bibelots par centaines et une décoration très kitsch sont le mot d’ordre, à l’extérieur des nains de jardin sont soigneusement disposés sur un gazon parfaitement tondu.

Lors de notre séjour il y a eu jusqu'à 7 hôtes dont deux personnes logeant dans une tente au jardin, tout ce petit monde gravitant autour de la même cuisine, toilettes et commodités. Toujours aux petits soins pour ses hôtes, elle les couvre d’attentions. Nourriture, gateaux et thé ne manquent jamais, elle n’hésite pas non plus à préparer des petits en-cas, et ceci gratuitement, pour les hôtes qui partent en excursion. Une fois finies les multiples corvées qu’elle s’impose quotidiennement, il est toujours passionnant d’avoir une conversation avec elle. Jamais à court d’anecdotes, au début c’est surprenant, elle vous parle des gens comme si vous les connaissiez depuis longtemps.

Elle nous parle aussi de son enfance et adolescence sur l’île: du temps où elle travaillait comme bonne chez un directeur d’exploitation agricole pour 2 pounds et 10 schillings et du jour où, du haut de ses 16 ans, elle a été demander une augmentation de 90 schillings qu’elle n’a jamais obtenue. Un soir, alors qu’elle nous montrait un livre sur l’histoire des Malouines, elle s’arrêta sur une photo d’une dizaine de gentlemen distingués: “les snobs”, principalement les notables de l’administration et les directeurs des fermes ovines. Ce terme de snobs reviendra souvent lors de notre séjour sous forme de boutade. Il ne faut pas oublier, que même ici, la société de classe existait et que de son temps il n’était même pas imaginable de voir les gens des différentes classes se mélanger ou d’avoir une quelconque activité ensemble. Bien que souvent le ton soit à la plaisanterie, elle garde une méfiance et un mépris pour ces snobs. D’ailleurs rien ne lui fait plus plaisir que de les voir s’accrocher à des privilèges qui ne sont pour la plupart plus de notre époque.

Elle parle du passé et de la vie dans les “settlements” (colonies de fermes éloignées de Stanley) comme d’une période heureuse, le fait qu’elle n’a jamais eu l’impression de manquer de quoi que ce soit, ou de souffrir d’un quelconque isolement. Elle a notamment vécu sur l’île de Saunders pendant plusieurs années, pour Kay, Stanley c’est un peu la grande ville.

On sent que sa vie n’as pas toujours été facile mais jamais vous entendrez une plainte ou un regret, bien au contraire. Un vrai personnage, unique. En parlant avec d’autres personnes, il ne vous sera pas possible d’entendre une remarque négative ou même un doute à son sujet.

Lors de notre départ comme celui de bien d’autres on a pu sentir une certaine émotion (réciproque) qui montre bien qu’elle nous a donné bien plus que gîte et couvert.

Il y aurait sûrement un livre à écrire à son sujet, mais il ne faut pas lui en parler. Il nous a même été impossible de la convaincre de se laisser prendre en photo, par timidité, mais aussi certainement par coquetterie. Pour finir nous avons dû utiliser la ruse pour arriver à nos fins, cela en était même devenu un jeu entre elle et nous. Cachés dans la rue, nous avons réussi à la photographier derrière une fenêtre, avant qu’elle ne se cache!

Mick

Ce jeune boulanger, plongeur à ses heures, nous a fait confiance en nous prêtant du matériel de plongée (ceinture de plombs et bouteilles de plongée) sans complication et comme si c’était le plus naturel du monde.

Nous avons fait sa connaissance sur internet par l’entremise du site web du club de plongée (www.zapsaod.com) dont il fait partie. Grâce à lui et à ses collègues nous avons pu réaliser un nombre appréciable de plongées aux Malouines. Il est vrai que nous avons fait plus ample connaissance lors de notre première rencontre et durant la soirée qui a suivi. Nous avons eu la chance de découvrir les lieux d’animation nocturne de Stanley, soirée mémorable!

Après cet épisode, nous avons rencontré Mick à plusieurs reprises, notamment dans sa boulangerie. Là, il a pu nous expliquer les difficultés propres à une exploitation située dans un lieu si isolé. Il doit par exemple constamment posséder un stock de farine représentant trois mois de consommation. Toutes les fournitures proviennent de Grande Bretagne par bateau, cette réserve permet de ne pas être tributaire d’un bateau qui n’arriverait pas. C’est également ces réserves qui ont permis à l’île de vivre pendant le conflit. Il livre quotidiennement du pain à l’aéroport de Stanley qui est ensuite acheminé dans les “settlements” par les avions de la FIGAS. Le problème de la formation est important, si au niveau des études universitaires le système éducatif prévoit d’envoyer les étudiants en Grande-Bretagne, il n’en va pas de même pour la formation professionnelle. La plupart des gens apprennent sur le tas ou profitent des connaissances d’un professionnel en fin de carrière. Il n'empêche que de temps à autre certains métiers disparaissent de l’île, il y a une dizaine d’années il n’y avait plus de boulangers. Pendant une bonne période c’est l’infatigable Kay qui a cuit jusqu’à 8 fournées de 4 pains dans le four de sa cuisine! D’autres aspects sont plus positifs: une concurrence inexistante et un marché stable.

Nick

Désirant découvrir la région de Salvador, propriété de la famille de Nick depuis 6 générations, nous lui téléphonons afin d’obtenir l’autorisation de visiter ses terres. Autorisation acquise sans problème et invitation à venir lui dire bonjour! Très appréciable quand on sait que certains propriétaires interdisent l’accès à leur domaine ou demandent un droit de passage.

Nick, perché sur sa moto tout terrain, nous reçoit avec un grand enthousiasme, visiblement heureux de pouvoir nous expliquer la vie dans les “settlements” et ses particularités. Comme partout, le nombre d’habitants vivant à la campagne a tendance à diminuer. Il vit seul avec sa femme et ses parents, aucun jeune ne s’intéresse à la vie indépendante d’éleveur de mouton, il est bien plus facile de trouver une place de fonctionnaire à Stanley.

A Salvador, comme dans beaucoup d’autres “settlements”, les paysans vivent coupés du monde et sont habitués à une autarcie presque complète. Chez Nick, elle se traduit visiblement par la manie de récupération des véhicules, si l’on regarde de plus près pas un seul tracteur et pas une seule voiture a son moteur d’origine. Près d'un hangar se trouve une veille Mazda achetée à un marin russe de passage, à côté de la maison c’est un vieil hélicoptère de la Navy tombé non loin il y a environ 30 ans et récupéré par son père. Nick dit qu'il n’ a pas un seul véhicule qui n’ait reçu une pièce de cet engin!

La seule concession au modernisme est le mazout utilisé à la place de la tourbe pour le chauffage et pour le groupe électrogène qui tourne 4 heures chaque soir. Il faut être organisé car utiliser l’aspirateur en même temps qu’un autre appareil éléctrique gourmand en éléctricité est impossible, difficile à imaginer pour nous!

L’organisation et la solidarité, c’est ce qui permet à ces gens de survivre.

Robin

Nous avons surpris cet éleveur de mouton à l’aspect jovial en plein travail de “shearing” (tonte des moutons). Là où bien des gens sur notre continent nous auraient dit de repasser plus tard, Robin nous a accordé du temps pour nous expliquer, plein d’enthousiasme et avec force détails, les problèmes et les avantages de son activité.

Sans hésiter, il nous fait entrer dans le hangardeux tondeurs s’activent, une femme aux pieds nus court entre eux pour débarrasser la laine qui tombe à leurs pieds. L’épouse de Robin sélectionne la laine selon sa qualité, pendant qu’il l’introduit dans une presse pour en faire des ballots de 200 kg. Il surveille aussi le nombre de moutons présents dans le hangar pour que l’équipe de tonte en ait assez à disposition. Deux minutes suffisent pour délester un mouton de sa parure de laine. En une journée, pas loin de 500 moutons seront tondus!

Durant cette intense activité, Robin trouve encore le temps de nous parler de son travail et de ses états d’âme. Le principal avantage de la vie dans cette région est la liberté quasi totale, elle se paye par un isolement lui aussi presque total, c’est pourquoi tous les prétextes sont bons pour avoir de la compagnie et de l’animation. La tonte et le marquage des moutons en sont les principaux. Le passage d’étrangers permet aussi de rompre cette monotonie contre laquelle, avec les années, il est de plus en plus difficile de lutter. L’avenir de l’île est aussi une préoccupation constante dans l’esprit de chacun. Il nous parlera aussi de l’incontournable sujet de conversation qu’est le conflit de 1982: la population garde une rancoeur sévère contre les Argentins non pas tant à cause du conflit et de ses conséquences physiques mais surtout en raison du sentiment d’avoir été trahi par les Argentins en qui ils avaient entière confiance.

Texte: © M.Chabod   •   Photos: © Fabrice Bettex / Mysterra




 
Photo îles Malouines

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